La dynastie des Guilhem : un développement spectaculaire
La région de Montpellier est à l’image de tout le rivage méditerranéen : une terre de très forte attraction pour les peuplements sédentaires. Depuis les temps préhistoriques jusqu’à la fondation de la ville peu avant l’an mille, de nombreuses civilisations se sont succédées. Parmi les plus notables, Phéniciens et Grecs (à Agde et à Lattes), Ibères, Ligures et Celtes (à Fabrègue et à Castelnau le Lez) nous ont légué de nombreux témoignages... et quelques légendes. Ainsi la colline où s’élevait Substantion (Castelnau le Lez) n’ a t-elle pas recelé un véritable trésor, composé de médailles d’or et d’argent, comme nous le rapporte L’abbé Fabre au XVIII e ?
C’est sans doute la civilisation romaine qui a structuré le plus fortement le territoire du Languedoc. La création de la voie domitienne en 118 av JC marque un axe de circulation toujours en activité entre l’Espagne et l’Italie. L’effondrement de l’empire romain en 396 a laissé le champ libre aux Wisigoths, peuples barbares venus du Nord de l’Europe qui, à leur tour, ont cédé devant les armées sarrasines venue du sud de l’Espagne. Il a fallu attendre un autre empire, celui de Charlemagne, en 800, pour que la paix revienne.
Avec la création de nombreux monastères (Aniane, Gellone, Saint Thibéry), la région a été grandement favorisée ; et l’Eglise joue un rôle majeur dans l’organisation de la société lorsque Montpellier est fondée.
L’acte de naissance officiel de la ville se situe en 985.
Tout commence avec un manse que Guilhem a reçu de son suzerain, le Comte de Melgueil (Mauguio), en échange de sa loyauté. Mais comment est-on passé d’un simple domaine agricole sur le Monte Pestelario à la création d’une ville ? Voilà de quoi intriguer les amateurs d’histoire. Est-ce lié à sa situation géographique ? On pourrait le croire. Le site profite en effet de la proximité de la voie domitienne (au Nord) , de la route du sel (au Sud), du Lez (voie d’eau alors navigable, à l’Est), et des rivages de La Méditerranée à moins de 10 km.
Mais la raison principale tient plutôt aux immenses qualités de la maison des Guilhem. Privilégiant avant tout la paix, les Guilhem sauront s’en remettre à des arbitrages supérieurs (alliance avec l’Eglise et allégeance à l’évêque de Maguelonne) et adopter de justes compromis lorsque des troubles menaceront (bain de sang évité lors de la révolte de la chevalerie urbaine dans les années 1141-1143). Ces qualités ne se démentiront pas. Couplées à une politique audacieuse, et des impôts allégés, elles vont assurer le succès de la ville auprès de commerçants et artisans qui viennent de régions voisines, et même de l’étranger, comme les Lombards ou les Pisans , pour s’implanter et favoriser un peuplement spectaculaire.
Au XIe, Montpellier, ville d’échange et de commerce, a déjà l’apparence d’un bourg seigneurial avec son château (près de l’actuelle place Pétrarque), ses fortifications et ses rues en forme de circulade autour de l’église Saint Firmin.
Même si le pouvoir épiscopal a son siège dans un bourg voisin et jumeau (Montpellieret, possession de l’évêque de Maguelone située sur la butte saint Denis), Montpellier n’en demeure pas moins une ville de grande piété. Elle est devenue une étape privilégié vers saint Jacques de Compostelle : par le Camin Roumieu qui pénètre dans la ville jusqu’à l’église Notre Dame des Tables, attestée depuis le milieu du 12eme.
En 1196, une rempart, appelé la « commune clôture », est dressé. Il enserre à la fois Montpellier et Montpellieret et donne sa forme caractéristique d’écusson à la vieille ville dont les habitant ne s’appellent pas encore les clapassiers…
Artisans et commerçants, chevaliers et premiers médecins : les intérêts de tous convergent pour oeuvrer à la prospérité de la ville et à la renommée de ses seigneurs devenus en peu de temps une dynastie très puissante, alliée avec des lignées impériales et royales.
Montpellier est une ville prospère lorsque la dynastie des Guilhem va s’effacer.
Et c’est une figure de femme, Marie de Montpellier, dernière héritière de la dynastie, qui referme cette page médiévale. Très contrarié sur le plan personnel mais bienheureux sur le plan politique, son mariage avec Pierre II d’Aragon le 12 Juin 1204, va ouvrir une nouvelle ère pour la ville en la rattachant au royaume d’Aragon et de Majorque.
Dynastie : suite de souverains issus d'une même lignée, et par extension succession de personnes célèbres d'une même famille.
Phéniciens et Grecs : peuples de navigateurs et de marchands qui ont exercé une influence majeure sur tout le pourtour méditerranéen. La Phénicie correspond au Liban actuel.
Ibères,Ligures et Celtes : anciens espagnols ; anciens italiens (nord) ; peuples indo-européens auxquels appartiennent les Gaulois.
Voie domitienne :Première grande route romaine reliant l’Italie à l’Espagne, crée par le consul Domitius Ahenobarbus qui participe à la colonisation de la région.
Manse : domaine agricole de 10 à 15 hectares comprenant habitation, dépendances, terres cultivables et pouvant subvenir aux besoins d’une famille.
Guilhem : Guilhem est à l’origine un petit seigneur installé dans la moyenne vallée de l'Hérault. A ne pas confondre avec saint Guilhem, fondateur de la célèbre abbaye, joyau de l’arrière pays montpelliérain.
Suzerain : Au moyen âge, la société est entièrement organisée par des liens de dépendance entre le seigneur suzerain et ses vassaux : c’est la féodalité.
Loyauté : qualité primordiale de la féodalité. Elle découle du serment d’allégeance prêté par le vassal à son suzerain.
Route du sel : La culture du sel (qui servait pour la conservation des aliments) représente au moyen âge une part importante des revenus agricoles dans la région. Des routes commerciales sont ouvertes pour son acheminement à travers le royaume.
Lombards : Marchands venus du Nord de l’Italie (Milan) qui ont fait la fortune de Montpellier.
Pisans : Marchands originaires de Pise (région de toscane en Italie)
Circulade : villages du Languedoc bâtis selon un plan circulaire autour du château ou de l’église, principalement pour des raisons défensives.
pouvoir épiscopal : pouvoir de l’évêque.
Piété :L’époque du Moyen âge est très attachée aux valeurs et aux pratiques religieuses.
Notre Dame des Tables : Cette église, dont il reste des vestiges sous la Place Jean Jaurès, doit son nom aux tables dressées sur son parvis et qui servaient au XIIIe à faire le change du sou melgorien.










































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